I
Ces dames savent, mais oui!
Comment honorer un poète:
Un bon déjeuner à midi,
Avec mon génie en tête.
Ah! La soupe était excellente,
Et le vin m'a bien ranimé,
La volaille était succulente,
Et le lapin bien lardonné.
Elles parlèrent, je crois de poésie,
Et je fus finalement rassasié ;
Je leur fi part de mon merci,
Pour l'honneur qu'elles m'ont témoigné.
II
Si je devais m'en enticher, de laquelle?
Elles sont toutes deux des êtres charmants.
La mère demeure encore une femme si belle,
Et la fille est un si bel enfant.
Des membres blancs, encore innocents
Sont si émouvants qu'on les regarde sans cesse,
Cependant, des yeux géniaux sont charmants
Quand ils apprécient notre tendresse.
Mon cur ressemble à ce bon vieux,
Qui entre deux bottes de foin ou de paille
Pensif, rumine laquelle des deux
Ferait la meilleure des mangeailles.
III
Le petit déjeuner était bon, les bouteilles sont vides,
Les petites dames sont toutes roses et exaltées ;
Elles aèrent leurs corselets, pas le moins timides,
Je pense quelles se soient éméchées.
Les épaules si blanches, les seins si beaux et petits!
Mon cur tremblote d'émoi, bien sûr.
Elles se jettent en riant sur le lit,
Et s'enveloppent avec la couverture.
Elles ne tirent même pas les rideaux,
Et se mettent à ronfler à l'envi.
Resté dans la chambre en solitaire, idiot,
Mon regard embarrassé se porte sur le lit.
IV
La jeunesse qui m'échappe chaque jour,
Est remplacée par un courage spontané,
Et mon bras téméraire, à présent entoure
Bien des hanches, encore plus effilées.
Même celle qui semble se choquer,
Finit toujours par s'accommoder ;
La flatterie finit toujours par triompher
D'une charmante colère, d'une hésitation embarrassée.
Et pourtant, à ce triomphe dont je jouis,
Il manque ce qu'il y a de mieux:
Est-ce la jeunesse avec ses douces âneries,
L'idiotie disparue des jours heureux |