Ô agneau, il est de ma tâche de te protéger

Text by Heinrich Heine (ç797-1856)

deutsch


Ô agneau, il est de ma tâche, en tant que berger,
Dans ce monde ici-bas, de te protéger.
Avec mon pain, je t'ai nourri,
Et avec l'eau de ma source, je t'ai rafraîchi.
Quand la tempête d'hiver tapageait de son froid,
Je t'ai réchauffé, te blottissant contre moi.
Je t'ai tenu bien fermement
Quand il pleuvait à torrents,
Et quand les loups et les torrents des bois, à qui mieux,
Hurlaient dans les sombres ravins rocheux.
Tu n'eus pas peur, tu ne tremblas pas non plus.
Après que l'éclair eut fendu
Le plus haut des sapins, tu dormis
Dans mon sein, tranquille et sans soucis.

Mon bras s'affaiblit, la mort si pâle
Rampe vers moi! Le jeu pastoral
Et la bergerie ont une fin.
Ô Dieu, je te remets entre les mains
La houlette. Quand je serai mis au repos,
Protège mon pauvre agneau,
Et ne permet pas du tout
Qu'une épine la pique, n'importe où.
Ô, protège sa toison des haies piquantes
Et des marécages aux eaux souillantes;
Laisse le meilleur des pâturages pousser,
Un peu partout, à ses pieds;
Et laisse-la dormir, insouciante, comme autrefois
Elle dormait blottie contre moi.