Mimi

Text by Heinrich Heine (1797-1856)
 Traduit en français par Joseph Massaad

deutsch


«Je ne suis pas une p'tite chatte bourgeoise et vertueuse,
Je ne ronronne pas dans une p'tite pièce, pieusement.
C'est en chatte libre, en plein air,
Que je me pavane sur le toit, librement.

Quand les soirs d'été, sur le toit,
Je me grouille, tout fraîchement,
Une musique ronronne et gargouille en moi,
Et je chante ce que je ressens. »

Ainsi parle-t-elle. Des chants sauvages,
Comme ceux d'une promise, jaillissent de son sein,
Et ce son bienfaisant attire
Tous les jeunes chats célibataires du coin.

Tous les jeunes chats célibataires,
En ronronnant, en gargouillant, des alentours
Arrivent, pour musiquer avec Mimi,
Brûlants de désir, avides d'amour.

Ce ne sont point des virtuoses qui, parfois,
A la faveur d'un salaire, sont profanés
Par la musique. Ils demeurèrent toujours
Les apôtres de l'art musical sacré.

Ils n'ont besoin d'aucun instrument,
Ils sont eux-mêmes altos et flûtes;
Leur ventre est une timbale,
Et leurs nez sont des trompettes.

Ils élèvent, ensembles, en concert,
Leurs voix bien haut;
Ce sont comme des fugues de Bach
Ou de Guido von Arezzo.

Ce sont de folles symphonies, qui ressemblent
A des caprices de Beethoven, ou également
De Berlioz, qui sera dépassé
Par des ronronnements, des gargouillements.

Merveilleuse puissance des tons!
Des sons magiques sans pareils!
Et les étoiles pâlissent,
Dans l'ébranlement du ciel.

Quand elle entend la magie des tons,
Quand elle entend ces merveilleux sons,
Séléné cache son visage
Dans un voile de nuages.

Seule la prima donna Philomène,
Cette vieille langue de vipère,
Fait la moue, se mouche et calomnie
Le chant de Mimi. Impassible caractère!

Mais, malgré la jalousie de la Signora,
La musique continue, tout autant,
Jusqu'à ce qu'à l'horizon apparaisse
La fée Aurore, en souriant.