Die Nordsee - Zweiter Zyklus

Tempête

Text by Heinrich Heine (1797-1856)

Traduit en français par Joseph Massaad 

deutsch


Accablante, la tempête pèse sur la mer,
Et c'est avec hardiesse que l'éclair
Jaillit à travers le mur noir nuageux,
S'allumant rapidement pour s'éteindre sous peu,
Comme une pointe de la tête de Kronos.
Jusque bien loin gronde le tonnerre
Sur l'étendue sauvage et agitée de la mer,
Et, façonnés par les vagues, les blancs coursiers
Sautent, ceux-là mêmes que Borée,
Avec les ravissantes juments d'Érichton, a procréé,
Et l'oiseau marin bat des ailes, aussi apeuré
Que les fantômes des cadavres jetés dans l'eau
Du Styx par Charon, à partir de son nocturne canot.

Pauvre petit bateau de plaisance,
Qui danse là-bas la pire des danses!
Éole lui envoie les compagnons les plus enjoués
Qui se joignent à la ronde avec une sauvage jovialité;
L'un siffle, le second souffle des sons
Et le troisième joue le sourd bourdon.
Et le marin demeure au gouvernail, vacillant
Et lance à la boussole un regard constant,
À cette âme tremblante du navire,
Et lève les mains vers le ciel, avec cette prière:
« Ô Castor, héros toujours prêt au combat,
Et toi Pollux, lutteur des poings, délivrez-moi!»