Les ombres nocturnes s'étendent

Text by Heinrich Heine (1797-1856)
Traduit en français par Joseph Massaad 

deutsch - english


Les ombres nocturnes s'étendent,
Le brouillard couvre la mer;
Secrètement, du fond de l'onde,
Une forme jaillit en l'air.

Hors de l'eau, la sirène se glisse,
Et, sur la plage près de moi, s'assied;
On voit ses seins qui jaillissent,
Tout blancs, sous son habit voilé.

Elle m'enlasse et me presse, de sorte
A me faire presque souffrir;
Pourquoi ta pression est-elle si forte?
Belle sirène, if faut me le dire!

« Je t'enlasse dans mes bras,
Et avec vigeur, je te presse:
Je veux me réchauffer près de toi,
Car la nuit est bien trop fraîche. »

La clarté de la lune diminue,
Derrière les sombres nuages du haut;
Ton œil se mouille de plus en plus,
O ravissante fée des eaux!

« Tu ne vois pas des larmes jaillir,
Mon œil est simplement mouillé,
Car, quand de la mer je voulus sortir,
Une goutte d'eau s'y est nichée. »

Les mouettes poussent des cris stridents,
La mer mugit et déferle ver le haut;
Le rythme de ton cœur est affolant,
O ravissante fée des eaux!

« Mon cœur sauvage bat follement,
Il bat avec une folle frénésie,
Car je t'aime indiciblement,
Mortel humain chéri! »