Donna Clara

Für die Liebe!

Text by Heinrich Heine (1797-1856)
Traduit en français par Joseph Massaad 
 deutsch | english


La fille du bourgmestre
Se promène au jardin, dans la soirée;
Les timbales et les trompettes jubilent,
Et résonnent ici-bas, depuis le palais.

" Toutes ces danses m'importunent,
Et les doux mots flatteurs, tous pareils,
Ainsi que les chevaliers, qui gentiment
Me comparent au soleil.

Tout me devient de plus en plus incommode,
Depuis qu'au clair de lune, je vis
Ce chevalier dont le bruit,
M'attire à la fenêtre chaque nuit.

De par sa stature svelte et téméraire
Et avec des yeux qui foudroyaient
À partir du visage noble et pâle,
C'est vraiment à Saint Georges qu'il ressemblait "

Ainsi pensait Donna Clara,
Et c'est au sol qu'elle regardait;
À peine eut-elle levé la tête, que le beau
Chevalier étranger était à ses côtés.

Se pressant les mains, murmurant des mots d'amour,
Ils se promènent au clair d'une lune rayonnante,
Le zéphyr fait de gentils compliments,
Et les roses saluent féeriques et charmantes.

Les roses saluent féeriques et charmantes,
Et comme des messagers d'amour, elle s'enflamment. -
Mais dis-moi, ma bien-aimée pourquoi,
Deviens-tu soudain aussi rouge qu'une flamme?

Des moustiques me piquèrent, mon bien-aimé,
Et les moustiques me sont, l'été,
Aussi profondément détestables
Qu'une bande de Juifs à longs nez. "

Laisse les moustiques et les Juifs,
Dis le chevalier en câlinant gentiment.
À partir des amandiers tombent
Des milliers de flocons fleuris blancs.

Des milliers de flocons fleuris blancs
Ont répandu leur parfum. -
Mais dis-moi, ma bien-aimée,
Ton cœur est-il bien mien?

"Oui, je t'aime, mon bien-aimé,
Je le jure par le Sauveur,
Que ces Juifs, ces damnés de Dieu
Ont sournoisement assassiné un jour."

Laisse le Sauveur et les Juifs,
Dis le chevalier en câlinant gentiment.
Au loin, les lys blancs, comme en rêve
Vacillent, baignés d'un éclat brillant.

Des lys blancs, baignés d'un éclat brillant
Regardent les étoiles dans le firmament. -
Mais dis-moi, ma bien-aimée,
N'as-tu pas aussi juré faussement?

"Rien n'est faux en moi, mon bien-aimé,
Tout comme, il ne coule dans mon sein absolument
Aucune goutte de sang du sang des Maures
Ou de celui de ce peuple Juif dégoûtant. "

Laisse les Maures et les Juifs,
Dis le chevalier en câlinant tout gentil;
Et il mène la fille du bourgmestre
Vers une arcade de myrtilles.

Avec les tendres filets de l'amour,
Il l'a secrètement embobinée;
De courtes paroles, de longs baisers,
Et les cœurs se trouvent débordés.

Le charmant rossignol chante avec douceur
Une sorte de chant nuptial qui languit;
Les petits vers lumineux sautillent au sol
Comme pour une danse de torches la nuit.

Tout devient plus calme dans l’arcade
Et l'on entend, avec une furtive ampleur
Le chuchotement des malignes myrtilles
Et la tendre respiration des fleurs.

Des timbales et des trompettes
Résonnent soudain à partir du palais,
Et ceci réveille Donna Clara
Qui se libère des bras du chevalier.

"Ecoute! On m'appelle, mon bien-aimé,
Mais avant de se séparer, tu devrais
Me dire ton nom, ce cher nom
Que tu m'as si longuement caché. "

Et le chevalier, souriant et serein,
Embrasse les doigts de sa Donna,
Lui embrasse les lèvres et le front,
Et finalement prononce ces mots-là:

"Moi, Señora, votre bien-aimé,
Suis le fils du très honoré,
Grand rabbin, docteur de la loi,
Israël de Saragossa. "