Rencontre

Für die Liebe!

Text by Heinrich Heine (1797-1856)
Traduit en français par Joseph Massaad 
deutsch | english


La musique résonne sous le tilleul,
Là où garçons et filles sont en train de danser;
Il y en a deux qui dansent, que personne ne connaît,
Ils ont l'air nobles et élancés.

Ils planent par ci, ils planent par là,
De la plus singulière des façons;
Ils se regardent en riant, secouent la tête,
La jeune fille chuchote avec un faible ton:

« Mon beau chevalier, de votre chapeau
Il y a un lys des ondes qui pend,
Il ne pousse qu'au fond de la mer,
Vous n'êtes donc pas de la tribu d'Adam.

Vous êtes l'ondin, vous voulez
Séduire les belles du village.
À vos dents, en arêtes de poissons,
Je l'ai tout de suite vu votre visage. »

Ils planent par ci, ils planent par là,
De la plus singulière des façons,
Ils se regardent en riant, secouent la tête,
Le chevalier chuchote avec un faible ton :

« Ma belle jeune fille, dites-moi pourquoi
Votre main est-elle aussi froide que la gelée?
Pourquoi l'ourlet de votre habit blanc
Est-il donc si mouillé?

Je vous ai reconnu au premier coup d'œil,
À votre courtoisie si taquine.
Vous n'êtes pas de la race humaine,
Vous êtes de ma race à moi, une ondine.»

Les violons se taisent, la danse pend fin,
Les deux se séparent poliment.
Hélas, ils se connaissent trop bien,
Et essaient de s'éviter, à présent.