Atta Troll. Songe d'une nuit d'été

Text by Heinrich Heine (1797-1856)
Traduit en français par Joseph Massaad 

Caput VIII - deutsch

Avant-propos | I | II | III | IV | V | VI | VII | VIII | IX | X | XI | XII | XIII | XIV | XV
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Il existe maints citoyens vertueux,
Qui sentent si mauvais, dans ce monde,
Tandis que des valets princiers,
Se parfument d'ambre et de lavande.

Il existe, sentant le savon vert,
De jeunes âmes de femmes,
Et parfois, c'est l'essence de roses
Qui sert à laver le vice infâme.

Ainsi, si la tanière d'Atta Troll
Ne te rappelle pas du tout
Les épices d'Arabie, cher lecteur,
Ne fait surtout pas la moue.

Reste avec moi dans ce cercle d'odeurs,
Dans cette trouble puanteur,
Où, comme sorti d'un nuage, le héros,
A son fils, prononça ces mots:

« Enfant, mon enfant, ultime rejeton
De mes reins, presse contre le museau
De ton procréateur ton oreille unique
Et assimile bien le sérieux de mes mots!

Méfie-toi de la mentalité des hommes,
Elle corrompe le corps et l'âme;
Parmi toute la race humaine,
Il n'existe pas d'honnête homme.

Même les Allemands, jadis les meilleurs,
Même les fils de Tuiskion,
Nos cousins des temps anciens,
Sont aussi en pleine dégénération.

Ils sont maintenant sans foi et sans Dieu,
Et c'est l'athéisme qu'ils se mettent à prêcher,
Et c'est bien de Feuerbach et de Bauer,
Enfant, mon enfant, que tu dois te méfier!

Ne deviens surtout pas un athée,
Un faux ours sans respect
Pour le Créateur. Oui, un Créateur
A bien créé le monde entier!

Oui, le soleil et la lune dans le firmament,
Toutes les étoile également,
Qu'elles soient avec queue ou sans queue,
Reflètent la toute puissance de Dieu.

Dans les profondeurs, sur terre et sur mer,
Se trouve l'écho de sa puissance
Et chacune des créatures
Célèbre ses magnificences

Même le plus petit poux argenté,
Qui, dans la barbe du vieux pèlerin,
Prend part au pèlerinage terrestre,
De l'hymne éternel, chante le refrain.

Sur le siège doré du souverain,
Là-haut, dans la voûte étoilée,
S'assied un ours blanc gigantesque,
Régissant le monde avec majesté.

Sa fourrure est brillante, immaculée
Et blanche comme neige. Sa tête est couronnée
D'une couronne de diamants,
Qui brille à travers le firmament.

Avec de l'harmonie au visage,
Et par des gestes muets pour ses pensées,
Il lui suffit de faire signe de son sceptre,
Et la voûte céleste se met à résonner, à chanter.

Assis à ses pieds, se trouvent de pieux
Saints ours, qui sur terre, sans rien dire,
Avaient souffert et qui tiennent
Dans les pattes leurs palmes de martyres.

Parfois l'un d'eux saute,
Ensuite un autre, comme si réveillés
Par le Saint Esprit, et voilà qu'ils dansent
La haute danse avec solennité.

Haute danse, où le talent
Est rendu superflu par la grâce,
Et où l'âme, par béatitude,
Cherche à se libérer de sa carapace!

Vais-je un jour, indigne Troll
Partager une félicité pareille?
Et quitter la basse misère terrestre,
Pour passer dans l'empire des merveilles?

Vais-je moi-même, dans la voûte étoilée,
Tout là-haut, enivré par les cieux,
Avec la gloire, avec la palme,
Danser devant le trône de Dieu? »

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