Atta Troll. Songe d'une nuit d'été

Text by Heinrich Heine (1797-1856)
Traduit en français par Joseph Massaad 

Caput III - deutsch

Avant-propos | I | II | III | IV | V | VI | VII | VIII | IX | X | XI | XII | XIII | XIV | XV
XVI | XVII | XVIII | XIX | XX | XXI | XXII | XXIII | XXIV | XXV | XXVI | XXVII

Songe d'une nuit d'été! Fantastique,
Mon poèmeest sans but. Oui, c'est sûr,
Sans but, comme l'amour, comme la vie,
Comme le créateur parmi ses créatures!

Obéissant à son propre désir,
Mon Pégase bien-aimé,
S'élance dans l'empire des fables,
Au galop, ou en envolée.

Il n'est point le cheval de trait,
Utile et vertueux de la bourgeoisie,
Pas davantage le destrier des partis,
Qui pathétiquement piaffe et hennit!

Mon petit coursier ailé blanc
A des sabots qui sont dorés,
Et je laisse flotter en l'air
Ses brides de cordons perlés.

Emmène-moi, là où tu veux!
Sur un raide sentier de montagne qui rit,
Où les cascades criaillent apeurées,
Et avertissent de le l'abîme de la folie!

Emmène-moi à travers des vallées calmes,
Là, où les chênes se dressent avec sérieux ,
Et, où des sources de légendes, vieilles et douces,
Ruissellent à travers les racines et leurs noeuds!

Laisse-moi y boire et humecter
Mes yeux. Ah! comme je désire boire
De cette eau limpide et prodigieuse
Qui rend clairvoyant, qui confère le savoir.

Toute cécité faiblit! Mon regard
Pénètre dans la caverne d'Atta Troll,
Dans ses crevasses les plus profondes.
Et je comprends ses paroles!

C'est étrange! Cette langue d'ours
Me parait si familière!
N'ai-je pas entendu, depuis longtemps déjà,
Ces sons dans ma patrie si chère?

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