Nous
descendîmes dans la vallée,
Loin du fantomal ménage de la sorcière;
Et c'est un sol ferme et positif,
Que nos pieds, à nouveau, foulèrent.
Finis, les fantômes! Les visages nocturnes!
Les figures d'air! Les rêves fiévreux!
Et c'est de nouveau Atta Troll
Que nous poursuivîmes, avec sérieux.
Le vieux est étendu dans la tanière,
Et il dort, à côté de ses enfants,
Avec le sommeil du juste, en ronflant;
Finalement, il se réveille, en baillant.
A côté de lui, son cadet Einohr
Est accroupi, se grattant la tête,
Comme un poète cherchant une rime;
Il scande aussi sur les pattes.
A côté du père, se trouvent également,
Etendues sur les dos, en rêvant,
Les filles bien-aimées d'Atta Troll,
Des lys à quatre pattes, purs et blancs.
Quelles douces pensées
Se consument dans les jeunes âmes
De ces jeunes filles ours si blanches?
Leurs regards sont mouillés de larmes.
C'est surtout la cadette qui parait
Très émue. Au plus profond
De son cur, elle sent une démangeaison
Bienheureuse, la puissance de Cupidon.
Oui, quand elle le vit,
La flèche du petit dieu
Lui traversa la peau - O ciel,
C'est un homme, son amoureux!
C'est un homme, et il s'appelle Schnapphahnski.
Un beau matin, elle vit sa tête,
Alors qu'il passait devant elle, en courant,
Durant la grande retraite.
Le malheur des héros émeut les femmes,
Et, le visage de notre héros, sans cesse,
Reflétait, pour cause de pénurie d'argent,
De sombres soucis, une pâle tristesse.
Espartero lui pris, comme butin,
De la caisse de guerre, toute son épargne,
Vingt deux pièces d'argent,
Qu'il avait emmenées en Espagne.
Il ne put même pas sauver la montre!
Elle resta à Pampeluna, en arrière,
Au mont-de-piété. C'était un héritage
En argent pur, qui coûte cher.
Et il courut à grandes enjambées.
Mais en courant, sans le savoir,
Il gagna encore mieux
Que la meilleure bataille - un cur!
Oui, elle aime, lui, l'ennemi héréditaire!
O, quelle ourse misérable!
Si le secret était connu du père,
Il gronderait d'un air effroyable.
Tout comme le vieil Odvardo,
Qui poignarda Emilia Galotti,
En fier citoyen,
Atta Troll, lui aussi,
De ses propres pattes,
Préférerait tuer sa fille,
Plutôt, que tomber dans les bras
D'un prince, ne lui soit permis!
Mais à cet instant précis,
Il lui manque du courage,
Il n'a pas envie de couper la rose,
Avant qu'elle ne soit effeuilletée par l'orage.
Atta Troll git dans sa tanière,
Avec les siens, le moral au plus bas.
Il est emparé d'un présentiment de mort,
Une sombre nostalgie de l'au-delà!
« Mes enfants! » - soupire-t-il, et soudain,
Ses grands yeux se mettent à couler -
« Mes enfants! mon pelerinage sur terre
Prend fin, nous devons nous séparer.
Ce midi, durant mon sommeil, je fis
Un rêve d'une signification importante,
Mon âme goûta à la douce prémonition
D'une mort, qui se veut imminente.
Je ne suis pas vraiment superstitieux,
Je ne suis pas fabuliste - mais entre terre
Et ciel, des choses existent,
Qui, même au penseur, ne sont pas claires.
Méditant sur l'univers et le destin,
Je m'endormis en baillant,
Et je rêvai que j'étais couché
Sous un arbre bien grand.
Des branches de cet arbre,
Un miel blanc coula vers le bas,
Se glissa au milieu de ma guelle ouverte,
Et je ressentis une douce joie.
Regardant avec béatitude vers le haut,
Sur la cîme de l'arbre, je pus observer
Environ sept petits oursons,
Qui de haut en bas, se laissaient glisser.
Douces et gracieuses créatures,
Dont la fourure, d'une couleur rouge rosée,
Aux épaules, pareille à deux petites ailes,
Comme de la soie, flaconnait.
Oui, ces oursons rouges-rosés
Avaient comme deux ailes de soie,
Et ils chantèrent avec des voix
Fines, flûtées et surnaturelles, à la fois!
A leur façon de chanter, ma peau
Devint de glace, cependant mon âme
Quitta ma peau et s'éleva vers le ciel,
Rayonnante, pareille à une flamme. »
Ainsi parla Atta Troll, avec un faible
Grognement. Pendant un instant,
Il se tut, plein de mélancolie,
Mais ses oreilles, soudainement,
Tressaillirent bizarrement et se dressèrent,
Et, de sa couche, il bondit en l'air,
Tremblant de bonheur, mugissant de joie:
« Mes enfants, entendez-vous ces voix?
Ne vous semble-t-il pas entendre
La douce voix de votre mère?
O, je connais le grognement de Mumma!
Mumma! ma Mumma noire, si chère! »
C'est avec ces paroles, qu'Atta Troll,
Se précipita, comme un fou, en dehors
De sa tanière, vers sa perdition!
Hélas! il se précipita vers sa mort!