Lever du
soleil. Des flèches dorées
Sont tirées vers les brumes blanches
Qui rougissent, comme blessées,
Et se fondent en lumière et magnificence.
La bataille est finalement livrée,
Et, en grand triomphateur, le jour gagne
Et avance, illuminé et tout glorieux,
Sur le dos des montagnes.
La bande bruyante d'oiseaux
Gazouille dans les nids cachés,
Et une vapeur d'herbes se lève,
Comme un concert d'odeurs parfumées.
Nous descendîmes dans la vallée,
Et nous fûmes très tôt sur place,
Et pendant que Laskaro
Traquant l'ours, suivait sa trace,
J'essayai de tuer le temps
Avec des pensées, mais rien que penser
Me fatigua en fin de compte,
Et finit même par m'attrister.
Finalement, fatigué et triste,
Je m'affaissai sur la mousse molle,
Précisément, sous ce grand chêne,
Là où la petite source coule,
Et qui, avec son singulier clapotis,
A étrangement séduit
Mon âme, si bien que les pensées
Et le besoin de penser se sont évanouis.
Je fus saisi d'une farouche nostalgie
De rêve, de mort et de folie,
Et de ces cavalières que je vis
Dans le cortège fantomal, la nuit.
O, gracieux visages nocturnes
Qui fûtes effarouchés par l'aurore,
Dites, où vous êtes-vous enfouis?
Dites, où habitez-vous le jour?
Quelque part en Romagne,
Sous les ruines de temples vétustes,
Diane s'abrite le jour, dit-on,
De la domination du Christ.
Ce n'est qu'avec l'obscurité de minuit
Qu'elle s'aventure hors de sa cache,
Et avec ses compagnons de jeu païens,
Elle jouit alors de la chasse.
Abunde, la belle fée,
Craint les Nazaréens, elle aussi,
Et elle passe toute la journée
Dans la sécurité d'Avalon, à l'abri.
C'est loin, dans la mer calme du romantisme
Que cette île se trouve cachée,
Ce n'est que sur les ailes du cheval magique,
Que l'on peut y accéder.
Les soucis n'y ont jamais jeté l'ancre,
Un bateau à vapeur n'a jamais mouillé, là-bas,
Avec, à son bord, de curieux philistins,
Ayant dans leurs gueules des pipes à tabac.
Là-bas, on n'est jamais pressé
Par le son des cloches, assourdissant
Et stupide, ce ding-dang-dong, si morne,
Que les fées détestent tellement.
Là-bas, dans la joie et la bonne humeur,
Et dans une éternelle jeunesse en fleurs,
Réside en paix la dame Abunde,
Notre sereine femme blonde.
Là-bas, riante, elle va se promener
Sous de hauts tournesols, accompagnée
De sa suite composée de câlines,
Distraites et rêveuses palatines.
Mais toi, Hérodia, dis-moi
Où es-tu? Hélas, je le sais!
Tu es morte, et c'est à Jérusalem
Que tu fus enterrée!
Le jour, dans un cercueil de marbre,
Tu dors d'un sommeil de cadavre, figée!
Mais vers minuit tu es réveillée
Par un vacarme, brouhaha, claquement de fouets!
Et tu suis ce cortège sauvage,
Avec Diane et Abunde,
Avec les gais compagnons de chasse,
Qui haïssent la croix et la tourmente!
Quelle délicieuse compagnie!
Ah, si je pouvais, la nuit, chasser
Avec vous dans la forêt! Hérodia,
Je chevaucherais toujours à tes côtés!
Car je t'aime plus que tout!
Plus que cette fée du Nord,
Plus que cette déesse de Grèce,
O Juive, je t'aime, même dans la mort!
Oui, je t'aime! je le remarque
Au tremblement de mon âme;
Aime-moi et sois mon amante,
Hérodia, belle femme!
Aime-moi et sois mon amante!
Balance au loin la tête ensanglantée
Et stupide avec son plateau, et déguste
Avec goût de meilleurs mets.
Je suis le cavalier le plus adéquat
Dont tu as besoin - Je ne suis point dérangé
Que tu sois morte, et même maudite -
Je n'ai aucun préjugé.
Il y a quelque chose qui cloche
Dans ma propre félicité : de temps en temps,
Il m'arrive de douter si moi-même
J'appartiens encore au monde des vivants!
Prends-moi comme ton chevalier,
Ton chevalier servant;
Je porterai ton manteau,
Et tous tes caprices, également.
Je chevaucherai avec le cortège sauvage,
Chaque nuit, à tes côtés,
Et nous flirterons, et nous rirons
De mes propos insensés.
Je te raccourcirai le temps
Durant la nuit - Le jour, cependant,
Le plaisir disparaît, je m'assiérai
Alors sur ta tombe, en pleurant.
Oui, le jour je m'assiérai en pleurant
Sur la crypte du roi, en débris,
Dans la ville de Jérusalem,
Sur la tombe de ma chérie.
Les vieux Juifs, qui passent devant,
Croiront que je me lamente certainement
De la destruction du temple lui-même,
Ainsi que celle de la ville de Jérusalem.