Et c'était la
période de la pleine lune,
Durant la nuit qui précède la Saint-Jean,
Où apparaissent à travers Geisterhohlweg
Les fantômes de la chasse infernale, déambulants.
A travers la fenêtre du nid
De sorcière d'Uraka, je pus
Très bien observer le cortège de fantômes,
Avançant à travers la rue.
Pour bien regarder le spectacle,
Je disposais d'une place de choix
Je pus pleinement jouir du panorama
De cette outre-tombe et morbide joie.
Claquements de fouets, vacarmes et brouhahas!
Des chevaux hennissant, des chiens aboyants!
Des sons de cors de chasse et des rires!
Le tout réverbérait en jubilant!
Des bandes de cerfs et de truies
Courraient à l'avant, en quelque sorte,
Comme un trot avancé de gibier aventureux,
Traqué à l'arrière par la meute.
Des chasseurs de régions diverses,
Ainsi que de périodes variées,
Par exemple, aux côtés de Nimrod d'Assyrie,
C'était Charles dix qui chevauchait.
Ils filaient à toute vitesse, assis
Sur leurs chevaux blancs, bien hauts.
A pied, les piqueurs suivaient avec leur meute,
Ainsi que les pages avec leurs flambeaux.
Dans ce cortège sauvage,
Plus d'un me parut familier.
N'était-ce pas le roi Arthur
Qui brillait dans son armure dorée?
Et le Sieur Ogier, le Danois portant
Son armure verte en miroitant,
Ne paraissait-il pas comme
Une grenouille qui prédit le temps?
Dans le cortège, je vis aussi
Plusieurs des héros de nos pensées.
Je reconnus notre Wolfgang,
A son regard plein de gaieté.
Il ne peut plus se reposer dans la tombe,
Depuis que Hengstenberg l'eut maudit,
Est c'est avec de canailles païens,
Qu'il poursuit le plaisir de chasse de la vie.
J'ai aussi reconnu William,
Grâce à son sourire si charmant,
Lui, que les puritains avaient de même
Damné autrefois; ce pêcheur également,
Doit accompagner, durant la nuit,
Sur un moreau noir, le cortège effréné;
Un homme se trouve à ses côtés,
A dos d'âne. Et, divine bonté!
C'est à sa bonne mine terne,
A son doux et blanc bonnet de nuit,
A l'angoisse émanant de son âme,
Que je reconnus Franz Horn, le vieil ami.
Pour avoir jadis commenté Shakespear,
Cet enfant du siècle, c'est devenu le sort
Du pauvre, de l'accompagner dans le tumulte
De la chasse infernale, après la mort.
Ah, mon Franz , si calme, doit chevaucher,
Lui, qui osait à peine se déplacer,
Lui qui se déplaçait uniquement
Dans les cercles mondains ou pour prier!
Les vieilles demoiselles qui choyaient
Son calme, ne vont-elles pas se sentir mal,
Le jour ou elles entendront que Franz
Participe à la chasse infernale?
Quant parfois ils galopent,
Le grand William regarde avec mépris
Le pauvre commentateur
Qui, trottant à dos d'âne, le suit,
Totalement impuissant, se crispant
Sur la selle de l'ânon avec fermeté,
Mais dans la mort, comme dans la vie,
Suivant son auteur avec fidélité.
Je vis également plusieurs dames
Dans ce cortège d'esprits insensé,
Particulièrement de belles nymphes,
Aux corps jeunes et élancés.
Elles étaient à califourchon sur les chevaux,
Mythologiques, totalement déshabillées;
Cependant, leurs cheveux bouclés pendaient
Bien bas, comme des manteaux dorés.
Elles portaient des couronnes sur leurs têtes,
Et recourbées vers l'arrière, on ne peux plus
Insolentes et osées, dans leurs postures,
Elles brandissaient des bâtons feuillus.
A côté d'elles je vis quelques
Jeune filles chevalières boutonnées,
Assises en biais sur des selles de femmes,
Et portant un faucon sur le poignet.
Parodiques, à l'arrière,
Sur des haridelles, des canassons amaigris,
Suivait une escorte de femmes,
Avec des garnitures de comédie.
Leur visages étaient séduisants, charmants,
Mais également un peu effrontés.
Comme enragées, elles criaient pleinement
De leurs joues, indécemment maquillées.
Des sons de cors de chasse et des rires!
Comme le tout réverbérait en jubilant!
Des claquements de fouets, vacarmes et brouhahas!
Des chevaux hennissant, des chiens aboyants!