Comme les
poètes s'emballent,
Même les plus doux parmi eux!
Ils chantent et disent que la nature
Serait un grand temple de Dieu;
Serait un temple, dont les splendeurs
Témoignerait de la gloire du Créateur;
Dans sa coupole, soleil, lune et étoiles
Comme des lampes, pendent en hauteur.
Quoiqu'il en soit, braves gens!
Il faut bien que vous admettiez
Que les escaliers dans ce temple
Sont inconfortables, infâmes, mauvais!
Toutes ces montées et ces descentes,
Ces escalades de montagnes, ces enjambées
Par dessus des rochers me fatiguent
L'âme ainsi que les pieds.
Laskaro marchait à mes côtés,
Comme un cierge long et blême!
Il ne parle jamais, il ne rit jamais,
Lui, le fils décédé de la magicienne.
Oui, ce serait un mort, à ce qu'on dit,
Décédé depuis longtemps, mais dont la magie
De sa mère Uraka, pût réussir
Apparemment, à garder en vie.
Ah, les maudites marches de ce temple!
Jusqu'à ce jour, je ne comprend pas du tout,
Comment , en tombant dans un abîme,
Je me suis pas plusieurs fois rompu le cou.
Ce que les chutes d'eau pouvaient crier!
Comme le vent fouettait avec une telle rage
Les sapins, à les faire hurler! Soudain
Les nuages eux aussi éclatèrent. Un orage!
Dans la petite hutte d'un pêcheur
Sur le lac de Gobe, nous trouvâmes un abri,
Ainsi que des truites; ces dernières
Avaient un goût des plus exquis.
Le vieux batelier, gris et malade,
Etait adossé sur un fauteuil rembourré.
Pareilles à deux anges, ses deux belles nièces,
Etaient là, en train de le soigner.
Des anges potelés, du style flamand,
Regorgeants de santé,
Comme si tirés d'un cadre de Rubens:
Des yeux clairs, des boucles dorées,
Des petites fossettes dans leurs joues rouges,
Où secrètement ricane l'espièglerie.
Avec des membres forts et opulents,
Qui provoquent la crainte et l'envie.
Des créatures belles et cordiales,
Qui se disputent délicieusement:
Quelle boisson serait davantage
Au goût de leur oncle souffrant?
L'une lui tend une coupe
Contenant da la tilleul bouillie,
C'est avec une infusion de fleurs de sureau
Que l'autre se presse vers lui.
Le vieil homme dit avec impatience:
« Je n'en boirai aucune des deux,
Cherchez du vin afin d'offrir aux invités,
Comme boisson, quelque chose de mieux! »
Si c'était vraiment du vin,
Qu'au lac de Gobe, j'avalai,
Je ne le sais pas. Si j'étais à Braunschweig,
J'aurai cru que c'était de la bière foncée.
L'outre était de la meilleure peau
De bélier noir, et elle puait à souhaits.
Pourtant le vieux but avec tant de joie,
Et il retrouva sa santé et sa gaieté.
Il nous raconta les faits et méfaits
Des bandits et des contrebandiers,
Qui habitent les forêts des Pyrénées,
Sans entraves, en toute liberté.
Il connaissait aussi un grand nombre
De vieilles histoires, qui incluaient
Les batailles entre ours et géants,
Durant la période la plus reculée.
Oui, les ours et les géants
Se battirent autrefois pour dominer
Ces monts et ces forêts, bien avant
Que les hommes n'y aient immigré.
Comme ébahis, les géants s'échappèrent
Du pays, avec l'arrivée des humains,
Car il n'y aurait que peu de cervelle
Dans leurs grands espaces crâniens.
Aussi, parait-il, alors qu'arrivèrent
Ces malotrus jusqu'à la mer,
Et qu'ils virent comment les cieux,
Se reflétaient sur l'onde bleue,
Ils crurent que la mer
Etait le ciel, ils y plongèrent,
Pleins de confiance en Dieu,
Et tous ensembles, ils s'y noyèrent.
En ce qui concerne les ours,
L'homme les extermine, à présent
A petit feu, et dans les montagnes,
Leur nombre diminue annuellement.
Le vieil homme déclara en outre:
« C'est ainsi que l'un fait place à l'autre,
Sur terre. Après l'homme et son déclin,
Viendra la domination des nains,
Ces minuscules et intelligents petits bonhommes,
Qui habitent les opulentes fosses dorées,
Dans le sein même de la montagne,
Appliqués à trier, appliqués à rassembler.
J'ai souvent vu moi-même, au clair de lune,
Comment, avec leurs petites têtes rusées,
Ils guettent à partir de leurs trous,
Et la pensée du futur me faisait frissonner!
La pensée de la puissance de ces bouts d'hommes!
Et je crains que nos petits enfants
Iront se réfugier dans le ciel aquatique,
Comme les sots géants, auparavant! »