Atta Troll. Songe d'une nuit d'été

Text by Heinrich Heine (1797-1856)
Traduit en français par Joseph Massaad 

Caput XI - deutsch

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Pareilles à des danseuses hindoues endormies,
Les montagnes frissonnent, figées
Dans leurs chemises de brume blanche
Que le vent du matin fait bouger.

Mais bientôt le Dieu-Soleil
Va les égayer et les débarrasser
De cette dernière couverture,
Illuminant leur belle nudité.

C'était à la levée du jour,
Qu'avec Laskaro j'étais sorti
Chasser l'ours. Nous arrivâmes
Au Pont-d'Espagne vers midi.

C'est ainsi que le pont est nommé,
Qui, de France, vers l'Espagne peut mener,
Vers ce pays de l'Ouest, où les barbares
Ont plus de mil ans de retard.

Qui ont un retard d'à peu près mil ans,
Comparés à la civilisation contemporaine.
Le retard de mes propres barbares de l'Est,
En nombre d'années, n'est que d'une centaine.

Hésitant, presque contrarié,
Je quittai le sol de France, si béni,
Cette patrie de la liberté
Et des femmes que je chéri.

Au milieu du Pont-d'Espagne,
Un Espagnol était assis, malheureux.
La misère guettait des trous de son manteau,
La misère guettait de ses yeux.

Il pinçait une mandoline vétuste
De ses doigts amaigris;
Les sons faux et aigus faisaient écho,
A partir des crevasses, avec raillerie.

Il se penchait parfois vers le bas,
Vers l'abîme en riant,
Tintait ensuite encore plus follement,
Et ce faisant, chantait les mots suivants:

"A l'intérieur, au milieu de mon cœur,
Se trouve une petite table dorée,
Et autour de cette petite table dorée
Se trouvent quatre petites chaises dorées.

Sur les petites chaises dorées sont assises
Des petites dames avec des flèches dorées
Dans leurs chignons. Elles jouent aux cartes,
Mais Clara est la seule à gagner.

Elle gagne et elle sourit, espiègle.
Ah! Clara, à chaque coup,
Tu gagneras dans mon cœur,
Car tu possèdes tous les atouts."

Continuant ma randonnée, je me parlai
A moi-même: C'est bizarre, la démence
Siège et chante sur ce pont
Qui mène en Espagne, à partir de France.

Ce fou gaillard serait-il le symbole
De l'échange d'idées des deux pays?
Ou serait-il le précurseur
De son peuple et de sa folie?

Ce n'est que vers le soir
Que nous atteignîmes la misérable Posada,
Là où dans un plat sale
Fumait l'olla-potrida.

Là-bas, je mangeai aussi des garbanzos,
Grandes et lourdes comme des balles de fusil,
Qui sont indigestes, même pour les Allemands,
Eux, qui en mangeant des boules, ont grandis.

Dans un coin retranché de la cuisine
Se trouvait le lit, infesté d'insectes, comme
S'il était poivré. Ah! les punaises
Sont les pires ennemis de l'homme.

L'hostilité d'une seule petite punaise,
Qui s'est glissée dans ton lit,
Est pire que la colère
De mille éléphants en furie.

Tu dois te laisser calmement piquer,
Ce qui est mauvais, mais le pire malheur
Est quand tu l'écrase: alors, la nuit entière,
Tu es tourmenté par sa puanteur.

Oui, le plus terrible sur terre
Est la lutte contre une vermine, telle
Celle qui utilise la puanteur comme arme:
Braver une punaise en duel!

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