Atta Troll. Songe d'une nuit d'été

Text by Heinrich Heine (1797-1856)
Traduit en français par Joseph Massaad 

Caput I - deutsch

Avant-propos | I | II | III | IV | V | VI | VII | VIII | IX | X | XI | XII | XIII | XIV | XV
XVI | XVII | XVIII | XIX | XX | XXI | XXII | XXIII | XXIV | XXV | XXVI | XXVII

Dominée par de sombres montagnes,
Qui, tout autour, avec défi s'élèvent,
Et, avec des chutes d'eau sauvages,
Qui la bercent comme dans un rêve,

L'élégante Cauterets gît dans la vallée.
Sur les balcons des maisons blanches,
Se trouvent de belles femmes,
Elles rient, cordiales et franches

Riant cordialement, elles jettent le regard
Sur la place du marché, grouillante et colorée,
Là où, au son d'une cornemuse,
Un ours et sa femelle sont en train de danser.

Atta Troll et son épouse,
La Mumma noire, de par son nom,
Sont les danseurs. Et les Basques
Jubilent avec admiration.

Rigide, sérieux, avec grandeur,
C'est ainsi qu'Atta Troll danse,
Mais à sa velue douce moitié,
Il manque la noblesse, la bienséance.

Oui, je pense assurément
Qu'elle semble parfois danser le cancan,
Et qu'elle rappelle la Grande Chaumière
Quand elle projette impudemment son derrière.

Le brave montreur d'ours lui aussi,
Qui la mène enchaînée,
Semble bien avoir remarqué,
Dans cette danse, une immoralité.

Et ce sont quelques coups de fouet,
Que parfois il lui donne,
Et la Mumma noire hurle si fort,
Que les montagnes résonnent.

Ce montreur d'ours porte sur la tête
Un casque à pointes avec six madones,
Qui, des balles ennemies, ou bien des poux,
Devraient protéger notre bonhomme.

Il porte sur les épaules
Une nappe d'autel colorée,
En guise de manteau, sous lequel,
Pistolet et dague sont aux aguets.

Il était moine dans sa jeunesse,
Plus tard il devint capitaine de brigands;
Afin d'unir les deux, il se mit au service
De Don Carlos, finalement.

Quand Don Carlos dut s'enfuir
Avec sa table ronde toute entière,
Et que la plupart des palatines,
A d'honnêtes métiers, se dévouèrent,

( Monsieur Schnapphahnski devint auteur )
Ainsi notre chevalier croyant se transforma
En montreur d'ours, il parcourut le pays
Avec Atta Troll et sa Mumma.

Et il fait danser les deux
Devant le peuple, durant les marchés;
Sur la place du marché de Cauterets,
Atta Troll danse enchaîné!

Atta Troll qui avait autrefois habité
La montagne et ses libres sommets,
Comme fier prince de la nature sauvage,
Danse devant la populace, dans la vallée!

Et il doit même danser,
Pour une méprisable somme d'argent,
Lui qui jadis, dans la majesté de la terreur,
Se sentait tellement proéminent!

Et quand il pense à sa jeunesse perdue,
Quand la forêt était sous son contrôle,
Alors de sombres sons jaillissent
De l'âme d'Atta Troll;

L'air sombre, c'est au prince noir de Freiligrath
Qu'il ressemble, et comme ce dernier
A tellement mal tambouriné, alors lui aussi
Danse mal, par fureur rentrée.

Cependant, au lieu de compassion,
Il ne cause que des rires. On peut voir
Même Juliette qui rit de son balcon,
A cause de ces sauts de désespoir.

Juliette est Française, dans son intérieur,
Elle ne nourrit pas de sentiments,
Et vit en dehors, cependant son extérieur
Est envoûtant, est ravissant.

Ses regards sont un doux filet lumineux,
Dans les mailles duquel notre coeur,
Tel un petit poisson se fait prendre,
Et remue, en frétillant avec douceur.

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