Angélique

Für die Liebe!

Text by Heinrich Heine (1797-1856)
Traduit en français par Joseph Massaad 

deutsch


1

En ce moment de grand bonheur,
Comme un muet, dois-je me taire?
Moi, qui chantais tant mon malheur,
Quand j'endurais ma grande misère?

Si bien que de pauvres jeunes, par milliers,
Imitèrent ma poésie, en proie au désespoir,
Et qu'il donnèrent à la peine que j'ai chantée
Une image encore plus noire!

Que les rossignols, qui sommeillent
Dans mon âme avec leurs chants,
Viennent jubiller avec merveille,
Pour annoncer leur ravissement!

2

Quoique ton passage fut rapide,
Une fois de plus, tu regardas derrière,
La bouche entrouverte, intrépide,
Le regard orageux et fier.

Ah! Si je n'avais essayé d'attrapper
Ton habit blanc qui fuyait,
Je n'aurais jamais pu retrouver
L'adorable trace de tes petits pieds!

Ton impétousité a bien disparu,
Comme les autres, tu es devenue docile,
Et douce, d'une gentillesse insupportable,
Et pire, tu m'aimes, semble-t-il?

3

Ce que ta lèvre sainte Nitouche a prononcé,
Jeune beauté, je ne l'ai jamais cru.
De pareils grands yeux noirs,
Ne connaissent point la vertu.

Cessons de nous dire des mensonges
Qui sont mal camouflés! Je t'aime.
Laisse-moi embrasser ton cœur pur.
Cœur pur, maimes-tu, quand même?

4

Comment, à partir de sentiments furtifs,
Se developpent, pourtant si vite,
Les plus tendres des relations,
Et des passions sans limite!

Pour cette dame grandit chaque jour,
La plus grande attraction de mon cœur,
Et ma conviction d'en être amoureux,
Grandit d'heure en heure.

Son âme serait belle. Assurément,
C'est une question d'opinion.
Ce dont je suis convaincu,
C'est la beauté de sa vision.

Ces hanches et ce front!
Ce nez ainsi que la nature
De ce sourire sur ses lèvres!
Et quelle est belle sa posture!

5

Que tu es belle quand ton esprit
Se révèle à moi, confiant,
Et quand tes paroles débordent
Des plus nobles des sentiments!

Quand tu rancontes combien toujours
Tes pensées furent pleines de valeur,
Et qu'ils furent grands les sacrifices
Endurés par la fierté de ton cœur!

Comment, même avec des millions,
Personne n'aurait pu t'acquérir.
Plutôt que l'argent ne t'achète,
Tu aurais préféré mourir!

Et, debout devant toi, j'écoute,
Et je t'écoute jusqu'à la fin,
Muet, comme une statue pieuse,
Plein de croyance, joignant les mains.

6

Je lui maintiens les yeux fermés
Chaque fois que je l'embrasse;
Elle me demande de lui expliquer,
Pourquoi ceci se passe.

Du p'tit matin jusqu'à la soirée,
Elle me demande sans cesse
Pourquoi je maintiens ses yeux fermés,
Chaque fois que je l'embrasse.

Je ne dis pas pourquoi je le fais,
Ne sachant pas moi-même la raison.
Je lui maintiens les yeux fermés,
Et l'embrasse de la même façon.

7

Quand, béatifié par tes baisers,
Je me trouve dans le confort de tes bras,
Ne parle jamais de l'Allemagne,
J'ai mes raisons, je ne le supporte pas.

Je te prie, ne m'ennuie pas avec l'Allemagne!
Ne me tourmente pas par des questions continues
Sur la patrie, la famille, le mode de vie;
J'ai mes raisons, je ne le supporte plus.

Les chênes sont verts, et les femmes Allemandes
Ont les yeux bleus; elles languissent, le cœur las
Et soupirent d'amour, d'espoir et de croyance!
J'ai mes raisons, je me le supporte pas.

8

Ne crains rien, oh âme si belle,
Ici, tu es en sécurité.
Ne crains pas que l'on nous vole,
La porte est bien verroullée.

Quelque soit la force du vent,
La maison ne bougera pas d'ici;
Et j'éteins la lampe à l'instant
Pour éviter un incendie.

Permet-moi donc de poser
Autour de ton cou mon bras;
Sans un châle pour se chauffer,
On aura vite attrapé froid.

9

- - - - - - - - - - - -
- - - - - - - - - - --
- - - -- - - - -- - -
- - - - - - - -- - - -

Ses mains sont blanches comme lis!
Comme ses cheveux se laissent boucler
Comme un rêve, autour de son visage rosé!
Elle est d'une parfaite beauté.

Aujoud'hui seulement, sa taille
( Je ne sais pourquoi ), me parait
Ne plus être aussi fine qu'autrefois,
Elle pourrait être un peu plus serrée.

10

Tandis que j'épie les trésors,
Les trésors des autres gens,
Et que, langoureux, je me traîne
Devant la porte des autres amants,

Ces autres gens feraient de même,
En d'autres lieux, à leur tour,
Et, devant mes propres fenêtres,
Feraient des œillades à mon amour.

Ceci est humain! Oh, Dieu du ciel,
Protège-nous sur toutes les voies!
Dieu du ciel, accorde-nous,
Ta bénédiction et de la joie!

11

Oui, assurément, tu es mon idéal,
Je te l'ai confirmé bien souvent
Avec des baisers, en nombre sans égal,
Mais je suis occupé, en ce moment.

Viens demain entre deux et trois heures,
Alors les flammes de la passion
Feront preuve de ma nouvelle ardeur,
Nous ferons ensuite une collation.

Si je peux obtenir des billets
De théatre, je serais capable
Alors de t'y emmener ;
On y joue " Robert-le-diable "

Il s'agit d'une grande affaire
De magie, d'amour et diableries;
La musique est de Meyerbeer,
Le mauvais texte, Scribe l'a écrit.

12

Ne me quitte pas, même si ta soif
Par mon breuvage fut assouvie.
Garde-moi encore trois mois,
Ensuite, j'en aurai assez moi aussi.

Si tu ne peux être amante,
Deviens alors mon amie,
Car l'amitié commence
Là où l'amour finit.

13

Ce fou carnaval d'amour,
Cet enivrement des cœurs
Arrivent à leur fin, et dégrisés,
Nous nous regardons en baillant.

La coupe enivrante s'est vidée,
Elle qui, remplie de potion sensuelle,
Ecumait, délirait, débordait.
La coupe enivrante s'est vidée.

Tous les violons se sont tus,
Eux qui vigoureusement jouaient
La musique d'une dance passionée.
Tous les violons se sont tus.

Toutes les lanternes se sont éteintes,
Qui de leur indomptée lumière noyaient
La gaie et multicolore mascarade.
Toutes les lanternes se sont éteintes.

Demain, c'est Mercredi des cendres,
Et je dessine sur ton joli front
Une croix de cendres et te dis:
" Femme, n'oublie pas que tu es poussière!"