À l'adresse des anges

Text by Heinrich Heine (1797-1856)

Traduit en français par Joseph Massaad 

deutsch - english


C'est bien du méchant Thanatos qu'il s'agit,
Il arrive sur son morne cheval jusqu'ici;
J'entend sa ruade, je l'entend trotter,
Le sombre cavalier vient me chercher.
Il m'arrache loin de Mathilde, je dois la laisser,
Ah! mon cœur n'arrive pas à se faire à l'idée!

C'était ma femme et mon enfant à la fois,
Et quand le royaume des ténèbres m'engloutira,
C'est en veuve et orpheline, sur cette terre,
Que je laisserai en solitaires,
La femme et l'enfant, qui confiants de mon destin.
Loyaux et sans soucis se reposèrent sur mon sein

Ô anges! Dans le ciel bien haut,
Écoutez mes supplications et mes sanglots:
Quand je serai dans le tombeau si morne,
Protégez cette femme que j'ai aimée sans bornes.
À votre propre image, soyez bouclier et bailli,
Protégez et abritez Mathilde, ma pauvre enfant chérie.

Par toutes les larmes que vous avez versées
Sur la misère de l'humanité,
Par le mot que seul le prêtre connaît,
Et qu'il ne prononce jamais, sans s'horrifier,
Par votre propre beauté, grâce et douceur,
Ô anges, protégez Mathilde, je vous en conjure!