A une cantatrice - qui avait chanté une vieille romance

Text by Heinrich Heine (1797-1856)
Traduit en français par Joseph Massaad 

deutsch - english

Je pense toujours à la magicienne
Telle qu'au début elle m'apparaissait!
Son chant était d'une telle douceur,
Et, en secret, pénétrait mon cœur,
Etait la raison de tant de pleurs -
Je ne savais ce qui m'arrivait.

Je fus l'objet d'un singulier rêve,
Je me croyais encore un enfant,
Assis, calme, baigné de la lumière
D'un lampe dans la chambre de ma mère
Et lisait des contes peu ordinaires -
Dehors, dans la nuit, soufflait le vent.

Les vieux contes revivent, les chevaliers
De leur tombe commencent à apparaître;
A Ronceveaux, la bataille commence,
Roland, à cheval, entre dans la danse,
Avec lui plusieurs preux avancent -
Aussi, hélas! Ganelon, le traître:

Il prépare à Roland un lit mortel,
Roland saigne et respire avec peine;
Le son du cor essaye de joindre
Charlemagne sans pouvoir l'atteindre,
Le chevalier commence à s'éteindre -
Et, avec lui, mon rêve meurt de même.

Je fus tiré de mon rêve profond
Par un fracas confus et immense.
La légende devint sans lendemain,
Enthousiastes, les gens battaient des mains,
Et clamaient tous des " bravos " sans fin -
Et la chanteuse fit une révérence.